Dimanche 11 février 2007
Etienne DOUSSAIN Noisy, le 09 février 2007
Adjoint au Maire
Président du groupe des Elus Communistes
A l’attention de
Monsieur le Commissaire enquêteur
Révision du Plan d’occupation des sols ayant valeur de Plan local d’urbanisme
Hôtel de Ville
BP 49
93161 Noisy le Grand Cedex
Monsieur le Commissaire enquêteur,
L’adoption du plan local d’urbanisme est un acte d’importance, en particulier pour une ville qui a été profondément modelée, et marquée, dirais-je, par le schéma directeur des villes nouvelles.
Avec la création du Secteur I de Marne la vallée, Noisy le Grand a connu la réalisation de deux quartiers entièrement nouveaux dont le développement a été confié à l’aménageur désigné Epamarne, réduisant ipso facto la maîtrise communale.
C’est peu dire que la greffe ville nouvelle – ville historique a eu et a encore du mal à prendre et, pourtant nombreux sont ceux parmi les habitants actuels qui sont les « enfants » de cette ville nouvelle.
Au-delà de l’observation admise en matière d’urbanisme et d’architecture selon laquelle il faut de 30 à 50 ans pour « faire une ville », sinon que cette dernière puisse intégrer les nouveaux paramètres de son développement, ainsi que j’ai pu l’évoquer lors d’une intervention municipale, Noisy n’a pas encore digéré la totalité de la densification historique qu’une politique nationale lui a imposée.
Pourquoi ? Les facteurs, pêle-mêle, à mon sens, en sont multiples :
- modification profonde de la centralité de la ville, par rapport à son centre ancien avec la création d’un quartier d’affaire, qui en son temps devait rivaliser avec l’Ouest parisien, notamment la Défense et deux quartiers, dans leur conception originelle, autonomes, les uns par rapport aux autres, mais aussi par rapport au centre ville historique.
- Apport massif d’une population nouvelle à hauteur, minimum, de 25 à 30 000 habitants transformant considérablement la sociologie de la ville, avec l’introduction d’une mixité sociale inédite, alternant dans les mêmes groupes d’immeubles, locataires et propriétaires, y compris, s’agissant des propriétaires, avec le scandale de l’accession à la propriété offert à des familles qui ne pouvaient la supporter à très court terme dans les années 90.
- Coupures géographiques majeures avec la création de l’autoroute A4 et la tranchée du RER, saturés l’une et l’autre en permanence par l’éloignement de Paris de plus en plus nombreux citadins, soit par raison économique, soit de cadre de vie.
- Crise sociale (chômage, précarité, pauvreté) qui recompose la sociologie, depuis au moins 15 ans, des quartiers notamment de la ville nouvelle où l’on voit des copropriétés s’effondrer, la paupérisation s’accélérer et un développement d’un fort sentiment d’insécurité avec de réelles problématiques de délinquance.
- Enfin, et ce n’est pas le moindre, inachèvement de la politique d’aménagement d’Epamarne qui laisse au fil des ans des friches importantes sans projets de développement en particulier économique, comme Mail Horizon, la Zac dite de l’Hôpital, etc … mettant ainsi, lui-même, un « coup de canif » dans le contrat pour lequel il était missionné.
C’est dans ce contexte que le débat sur le PLU doit être, à mon avis, sinon mené, mais a minima arbitré.
Et, à cet effet, deux conceptions du développement urbain, aujourd’hui, s’affrontent ou se contredisent durablement : la première qui s’incarne dans la volonté d’achever la ville nouvelle en « collant » au concept qui lui a donné naissance ; l’autre qui affirme, sur la base de l’expérience, justement, de la ville nouvelle qu’il ne faut reproduire ses erreurs.
Pour la première conception :
Il s’agira de conduire à son terme ce que l’aménageur, donc l’Etat, a promis et non réalisé. Ainsi se trouve valider la nécessité d’obtenir, par exemple, coûte que coûte, le million de m² de bureaux manquant sur Mail Horizon au prétexte, légitime dans cette logique, que la ville doit avoir « la taxe professionnelle » qui lui permettra d’assumer le développement des services rendus à la population.
Quid, au passage, de cette activité tertiaire qui, à défaut d’être florissante, entraîne la multiplication de m² de bureaux inoccupés, à Noisy le Grand déjà, mais aussi dans de nombreuses communes parisiennes ?
Quid des phénomènes de « délocalisation » qui ne créent pas d’emplois mais qui mettent en concurrence permanente les collectivités locales entre-elles, organisant de fait un véritable dumping qui laisse rêveur quand on pense au concept de développement durable ?
Il s’agira, dans le même temps, d’urbaniser au plus vite « les dents creuses » laissées à l’abandon par l’aménageur, l’exemple le plus révélateur étant dans la circonstance celui de la ZAC dite de l’Hôpital.
Il s’agira, enfin, prenant appui sur le discours dominant du moment sur fond de crise du logement, de densifier en suivant la même logique qu’Epamarne en son temps, à savoir « on rase puis on construit du neuf » avec, bien entendu, des variations sur le plan architectural qui laisse penser ou croire que l’on fera mieux que dans les années 70-80, le tout sans que l’on sache en mesurer l’impact sur la capacité de la ville à mettre en œuvre les services nécessaires (par exemple, faut-il déjà prévoir un sixième collège ? combien de crèches, d’écoles, etc…) mais aussi l’impact sur les communes environnantes, la voirie intercommunale, les transports en commun et les difficultés que rencontre l’autorité organisatrice, la RATP et son financeur le STIF…).
Bien entendu, sans que l’on soit en capacité d’anticiper le vieillissement de la ZAC du Clos Saint Vincent dont la nouvelle population fait pratiquement jeu égal avec les quartiers de la ville nouvelle en terme de densification, on appuiera sa vision d’un urbanisme renouvelé sur la réussite de l’opération alors que cette dernière s’agissant d’équipements publics n’aura donné le jour qu’à un seul bâtiment communal, la crèche du Petit Prince, le collège, de compétence Conseil Général, étant, quant à lui, le résultat d’une démolition reconstruction de l’ancien déjà présent sur ce site.
On omettra dans le même temps de prendre en considération l’impact de ce nouveau quartier sur la voirie communale et l’engorgement de l’environnement immédiat de ce quartier matin et soir.
C’est, dans le même temps, la conception qui fait dire à grand renfort de déclaration publique « l’Etat n’a pas rempli sa mission, redonnez nous notre foncier, on va s’en occuper nous même » avec une stricte vision noiséo-noiséenne qui se réduit trop souvent à dire « chez nous, c’est mieux qu’à côté » !
Pour la deuxième conception :
Il s’agira de penser le développement de la ville en tenant compte, bien sûr, de son histoire ancienne et récente et……..de son environnement. Comment, en effet, pouvoir conserver une vision « mécanique » du développement ou du renouvellement urbain en s’appuyant sur des concepts d’urbanisation qui ont déjà montré les limites de leur efficacité ?
Comment, au nom de la loi SRU, serions nous obligés de ne pas penser la ville à un rythme apaisé de développement, tout en posant les bonnes questions, notamment celle du logement collectif et social ?
Cette deuxième conception est aussi celle qui met en œuvre un renouvellement urbain porté par le plus grand nombre, celle où il ne s’agit pas d’opposer ancien et nouveau, d’opposer quartiers pavillonnaires et quartiers à habitat collectif mais bien celle qui, tenant compte de l’expérience passée, engage une mixité urbaine moderne sereine et maîtrisée.
C’est aussi celle qui situe résolument Noisy le Grand dans son environnement intercommunal et participe d’une vision partagée et non pas unilatéral.
C’est donc celle qui accepte contradiction et co-élaboration et qui projette son développement en tenant compte des autres acteurs de ce même développement, communes voisines, transports publics, collectivité territoriale et régionale dans un souci d’équilibre et, non pas « d’état dans l’état » si l’on peut se permettre cette image.
C’est enfin, celle qui, sur la base de l’expérience acquise et des enjeux contemporains, à la fois, du renouvellement urbain et, à la fois, du développement durable, qui permet de décider qu’il faut revisiter les prévisions antérieures, les remettre « sur le métier » et vérifier l’opportunité de redessiner les contours d’un urbanisme, répétons le, apaisé et moderne.
L’affrontement de ces deux logiques est clairement posé dans la dynamique proposée du PLU.
Il en est ainsi de l’insuffisance de la concertation, même si la municipalité a produit et diffusé des documents d’information, et il en est ainsi des projets, de leur rythme possible ou de leur importance.
Il en est ainsi y compris dans l’identification claire des autres acteurs qui participent, d’accord ou pas d’accord, du développement urbain, sous peine de laisser croire à la population noiséenne que la ville a la maîtrise de tous les paramètres, qu’elle est en capacité d’assumer ce qu’elle dit. Il en est ainsi du facteur « temps » de la maîtrise annoncée.
A défaut, le PLU devient un instrument de propagande électorale vide de son sens premier !
Quelques exemples :
- ZAC de l’Hôpital : aujourd’hui, l’aménageur potentiel est toujours Epamarne !
- Nouvelle gare routière du Mont d’Est : aménageur RATP, financeur STIF, ville pour les abords !
- Bois Saint Martin : première enquête négative, nouveau portage avec la Région, arrêté Biotope, nouvelle enquête à venir !
- Sortie de Noisy le Grand d’Epamarne : négociation en cours, coût pour les noiséens ( ?), bilan ( ?), rapport charges – efficacité ( ?) !
- ZAC du Clos aux Biches ou Bas Heurts : enquête en cours, résultat inconnu !
- Mail Horizon : activités tertiaires ou mixité logements - activités (?)
- Haute Ile : Conseil Général !
- GPV ou ANRU : dispositifs d’Etat !
Etc.
Par contre, ces deux conceptions ont en commun la nécessité de devoir recourir aux dispositifs d’Etat ou décentralisés en faveur du renouvellement urbain.
Comment, en effet, pourrions nous imaginer que la ville de Noisy le Grand soit seule à assumer le réaménagement urbain indispensable de quartiers qui, à peine trente après leur réalisation, connaissent une dégradation significative du cadre de vie de leur habitants ou, encore, qui demandent d’être réorganisé comme cela a pu se faire avec succès dans le quartier des Hauts Bâtons ?
Dans le même temps, pas d’illusion, les mêmes causes sociales subsistant, il n’y a pas de raison de croire que seul un réaménagement de l’espace public d’un quartier va permettre de vivre mieux la pauvreté, la précarité ou le chômage !
En attendant une embellie sociale, il ne fait pas de doute que Noisy le Grand a le droit de prétendre à cette solidarité nationale indispensable et l’on peut regretter que les engagements pris n’aient pas été tenus, je pense notamment au Grand Projet de Ville, puis à l’ANRU pour le quartier du Pavé Neuf.
Cela étant, le PLU s’est aussi le dessin de la ville à vivre de demain et comme « l’air du temps » donne à croire qu’il faut reconstruire la ville sur la ville en la densifiant, il convient, de mon point de vue, de contester une interprétation de ce postulat.
Le PLU proposé pose l’hypothèse d’une ville de 75 000 habitants, ville dont la croissance devrait s’accélérer très rapidement si les paramètres sont réunis.
Or, cette croissance à marche forcée ne peut être recevable dans l’état.
Reconstruire la ville sur la ville et densifier la ville ne peuvent signifier automatiquement un blanc seing pour toutes les opérations envisagées.
Deux exemples saillants, là encore :
- Le projet de la Zac du Clos aux Biches ou des Bas Heurts connaît une contestation importante par, à la fois, la densification excessive proposée (1500 logements) et par, à la fois, la liquidation totale d’un quartier ancien avec expulsion de ses habitants.
- Le projet de ZAC du Clos d’Ambert ou de l’Hôpital prévoit, une fois réglés les problèmes de foncier avec Epamarne, l’implantation de 1 200 logements, densifiant sérieusement un secteur pavillonnaire proche du Champy.
A chaque fois, l’argument principal est celui du logement social qui, à chaque fois là aussi, représenterait 30 % de l’opération, sans que l’on connaisse la réalité des montages financiers envisagés pour favoriser l’accès pour les plus défavorisés.
Comme le rappelle, cette année encore, le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, peu des plus demandeurs de logement social peut y accéder en raison du coût des loyers. Chacun sait qu’à ce jour la production de logement social aidé (PLAI, par exemple) est notoirement insuffisante dans tout le pays.
Il n’y a donc aucune garantie que Noisy le Grand soit en mesure de vouloir et de pouvoir faire mieux sur ce point.
Cette réalité étant posée, les deux opérations révèlent bien plus, comme pour le centre ville, un réaménagement basé sur la spéculation immobilière comme en témoigne largement la flambée des prix encore récente, à Noisy le Grand en particulier.
Il y a donc dans cette proposition de densification une autre réponse que celle nécessaire que l’actualité nous rappelle tristement et qui commande un effort sans précédent depuis 20 ans.
Dans le même temps, l’expérience de la ville nouvelle aidant, je plaide pour une densification apaisée et maîtrisée.
Je suis convaincu que ces opérations d’aménagement peuvent se concevoir d’une façon différente avec efficacité, qualité et cadre de vie respecté pour toutes et tous.
Dans cet esprit, le travail pédagogique remarquable réalisé par des étudiants de l’école d’architecture de la Villette à la demande de l’association de défense des habitants des Bas Heurts illustre de la meilleure façon qu’il est possible de concevoir une autre densification urbaine.
Voilà, sans que cela ne soit exhaustif, ce que m’inspire le projet de PLU que la ville de Noisy le Grand soumet à l’approbation de ses habitants via l’enquête publique.
Dans l’état, je ne peux souscrire à la transformation du POS en Plan Local d’Urbanisme tant l’incertitude pèse sur de nombreuses questions et, en particulier en raison d’une conception de l’aménagement urbain qui ne fait que suivre celle de la ville nouvelle dont les défauts sont patents.
Je joins à la présente ma déclaration du 02 mars 2006, déclaration faite au nom des Elus Communistes lors du conseil municipal sur le processus d’élaboration du PLU.
Vous remerciant par avance de bien vouloir prendre en compte mes observations,
Je vous prie, Monsieur le Commissaire enquêteur, de croire à ma considération.
Etienne DOUSSAIN
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